Tous les crics de notre catalogue, du cric bouteille de 2 tonnes au vérin d’une presse d’atelier de 50 tonnes, fonctionnent sur le même principe. Le comprendre aide à choisir le bon cric, à rédiger une notice claire et à trouver la cause quand un cric ne monte pas ou ne tient pas.
Le principe de Pascal en une minute
Dans un récipient fermé rempli de liquide, la pression est la même partout. Appuyez sur un petit piston, vous créez une pression, et cette même pression s’exerce sur chaque millimètre carré d’un piston plus grand relié au premier. Comme la force est égale à la pression multipliée par la surface :
- pression dans l’huile : p = F₁ ÷ A₁ (force sur le piston de pompe divisée par sa surface)
- force sur le piston de levage : F₂ = p × A₂ (la même pression multipliée par la surface du piston de levage)
La force est donc multipliée par le rapport des deux surfaces, A₂ ÷ A₁. L’huile rend la chose pratique : elle est presque incompressible, lubrifie les pièces en mouvement et assure une bonne étanchéité contre le caoutchouc.
Exemple chiffré : comment 20 kg d’effort soulèvent 3 tonnes
Les valeurs illustrent le principe ; ce ne sont pas les cotes d’un modèle précis.
| Étape | Valeur |
|---|---|
| Piston de pompe | Ø 10 mm, surface 78,5 mm² |
| Piston de levage | Ø 40 mm, surface 1 257 mm² |
| Rapport des surfaces | 16 : 1 |
| Démultiplication du levier | 10 : 1 |
| Votre main sur le levier | 200 N (environ 20 kg) |
| Force sur le piston de pompe | 2 000 N |
| Pression de l’huile | 2 000 ÷ 78,5 ≈ 25,5 N/mm² = 25,5 MPa (255 bar) |
| Force sur le piston de levage | 25,5 × 1 257 ≈ 32 000 N, environ 3,3 tonnes |
Rien n’est gratuit : ce que l’on gagne en force, on le paie en course. Avec un rapport de 16 : 1, une course de pompe de 20 mm fait monter le piston de 1,25 mm ; pour 100 mm de levée, il faut environ 80 coups de pompe. Ce compromis explique la plupart des différences entre les modèles. Le cric rouleur couvre la course grâce à son bras de levage et à une seconde pompe ; le cric bouteille utilise sa vis de rallonge pour ne pas perdre de coups de pompe à combler un vide.
Les pièces d’un cric hydraulique
| Pièce | Rôle | Ce qui tombe en panne |
|---|---|---|
| Réservoir | Contient l’huile sans pression | Niveau bas : la pompe aspire de l’air |
| Piston de pompe et son alésage | Actionné par le levier, il envoie l’huile vers le cylindre principal | Joint usé : levier spongieux, levée faible |
| Clapet d’aspiration | Laisse passer l’huile du réservoir vers la pompe quand le levier remonte | Saleté sous la bille : les coups de pompe sont sans effet |
| Clapet de refoulement | Laisse l’huile sous pression entrer dans le cylindre principal, sans retour | Siège qui fuit : le cric redescend entre deux coups |
| Cylindre principal et piston de levage | L’huile pousse le piston, qui porte la charge | Chrome rayé ou joint usé : redescend, fuit |
| Valve de descente | Pointeau ou bille qui renvoie l’huile au réservoir | Saleté sur le siège : le cric redescend sous charge |
| Valve de surcharge | S’ouvre juste au-dessus de la charge nominale | L’utilisateur ne doit jamais la régler |
| Butée de course | Arrête le piston en extension maximale | Empêche le piston de sortir |
| Vis de rallonge (cric bouteille) | Partie filetée en tête de piston qui comble l’écart jusqu’à la charge | Sortie sous charge, elle abîme le filetage |
Ce qui se passe à chaque coup de pompe
- Levier qui remonte (aspiration). Le piston de pompe monte. Le clapet de refoulement reste fermé sous la pression qui règne sous le piston de levage, le clapet d’aspiration s’ouvre et l’huile passe du réservoir à la chambre de pompe.
- Levier qui descend (refoulement). Le piston de pompe descend. Le clapet d’aspiration se ferme, celui de refoulement s’ouvre et l’huile est envoyée sous le piston de levage, qui monte du volume pompé divisé par sa surface.
- Maintien. Entre deux coups et quand vous arrêtez de pomper, les deux clapets et la valve de descente sont fermés. L’huile sous le piston est emprisonnée, la charge reste en l’air.
- Descente. En tournant la valve de descente dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, on ouvre un retour vers le réservoir. Le poids repousse l’huile ; une petite ouverture fait descendre lentement, une grande ouverture rapidement.
- Surcharge. Si l’on tente de lever plus que la capacité, la pression atteint le tarage de la valve de surcharge, qui s’ouvre ; les coups de pompe suivants ne font que faire circuler l’huile. La norme européenne EN 1494 comme la norme nord-américaine ASME PASE traitent de cette protection.
Comment fonctionne un cric bouteille
Dans le cric bouteille, le réservoir entoure le cylindre principal comme les parois d’une bouteille, la pompe est placée à côté et le piston monte à la verticale. Comme la force va droit dans le piston, un cric bouteille est très puissant pour sa taille : notre modèle de 20 tonnes de la série T204 pèse 10 kg.
Sa limite, c’est la course. Le piston ne sort que de la longueur du cylindre, c’est pourquoi les crics bouteille ont :
- une vis de rallonge en tête de piston (60 mm sur le T204 de 20 tonnes) pour atteindre le point de levage avant de pomper ;
- en option, un piston télescopique à double étage pour lever plus haut à partir d’une hauteur de départ comparable : notre modèle double étage de 20 tonnes lève de 285 mm en hydraulique, contre 145 mm pour le modèle simple étage.
Un cric bouteille classique ne fonctionne que debout, car la pompe aspire l’huile au fond du réservoir.
Comment fonctionne un cric rouleur
Le cric rouleur couche un bloc hydraulique comparable dans un châssis bas en acier ou en aluminium. Le piston pousse un court levier à la base d’un long bras de levage, et la sellette au bout du bras parcourt une distance bien plus grande que le piston lui-même. C’est ainsi que notre modèle d’atelier de 3 tonnes passe de 135 à 495 mm, une plage bien plus large que celle d’un cric bouteille de même capacité.
Cette géométrie a deux conséquences :
- La sellette monte en décrivant un arc, si bien que le cric roule un peu sur ses roues pendant la levée. C’est voulu : ne bloquez jamais les roues d’un cric rouleur pendant qu’il lève.
- Les crics à double pompe (montée rapide) ont un second piston, plus gros, qui déplace davantage d’huile à chaque coup jusqu’à ce que la sellette touche le véhicule. Sous charge, le petit piston prend le relais. On gagne des coups de pompe, pas de la capacité.
Sur la plupart des crics rouleurs, la valve de descente s’ouvre et se ferme en tournant le levier : personne n’a besoin de passer la main sous le véhicule.
Les crics oléopneumatiques
Les crics oléopneumatiques conservent le même circuit hydraulique et entraînent la pompe par un moteur pneumatique, à la place du levier ou en plus. L’air du compresseur fait tourner une petite pompe rapide ; nos crics bouteille pneumatiques fonctionnent sous 8 à 12 bar et gardent une pompe manuelle de secours. On les trouve partout où l’on lève des essieux lourds toute la journée : centres pneus poids lourds, dépôts d’autocars et flottes.
Pourquoi un cric ne remplace pas une chandelle
Chaque joint et chaque siège de clapet du cric retient de l’huile sous forte pression. Une saleté sur la valve de descente, un peu d’air ou un joint de piston usé suffisent à laisser redescendre la charge, et un effort latéral ou un choc peuvent endommager le cric. La norme européenne EN 1494 n’autorise le travail sous une charge levée que si elle est calée par d’autres moyens, et toutes les notices disent la même chose : le cric lève, les chandelles maintiennent. Où les placer, c’est expliqué dans notre guide des chandelles.
Ce que cela change à l’achat
La physique est la même dans tous les crics. Ce qui distingue un cric qui dure d’un cric qui revient en garantie, ce sont les détails :
- une valve de surcharge réglée et plombée en usine ;
- un piston chromé dans un cylindre rodé, pour que les joints glissent sur une surface lisse ;
- des joints conçus pour la haute pression, avec des kits de joints disponibles pour l’entretien ;
- une référence d’huile indiquée et un remplissage propre (voir notre guide de l’huile pour cric) ;
- un essai de pression sur chaque unité avant l’emballage.
Ces points figurent sur notre propre fiche d’essai. Retrouvez-les sur nos crics bouteille, nos crics rouleurs et nos crics oléopneumatiques (en anglais).